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Le chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle en Haute-Provence

Pont de Mane

Un chapelet roman,

un feston de cités de caractère,

une descente vers la lumière.

Comme tous les chemins mènent à Rome, tous les chemins mènent à Saint-Jacques.
Ici, en haute Provence, c'est le même qui fait les deux !

Il suit l'antique voie domitienne qui conduisit les légions romaines en Espagne, via le col alpin du Montgenèvre, la vallée de la Durance puis du Calavon, Arles et le Languedoc. Les pèlerins de Rome, les "roumieux" suivirent le même chemin dans l'autre sens. Cet itinéraire a été privilégié à certaines périodes de l'histoire quand il était plus sûr que la voie aurélienne du sud (Vintimille, Nice, Fréjus, Arles). Au Moyen-âge, la voie domitienne fut empruntée par les pèlerins venus des Alpes du sud et de l'Italie se rendant à Saint-Jacques-de-Compostelle. Ils trouvèrent sur son parcours un chapelet d'établissements religieux pouvant les héberger (Ganagobie, Salagon, Carluc).

La route royale

Sans pouvoir suivre exactement à la voie domitienne qui a été transformée en route nationale et autoroute, l'itinéraire actuel du chemin de Saint-Jacques, le GR 653D (avec un D comme domitienne), accompagne son orientation générale, évite les routes goudronnées au profit des chemins et sentiers. Il représente 132 kilomètres de longueur dans le département des Alpes-de-Haute-Provence, soit neuf étapes. Il fait passer par des hauts lieux chargés d'histoire antique ou médiévale et représente ainsi un magnifique itinéraire de découverte. D'une haute Provence sauvage et préservée, de Venterol à Sisteron (ne pas manquer de faire étape à Saint-Geniez pour aller voir le site prestigieux de Notre-Dame de Dromon et de son Rocher, un lieu toujours parlant), il passe à partir de Sisteron à une Provence touchée par la grâce médiévale. En effet, une fois franchies les Alpes et la Durance redoutées, on commence à ressentir l'esprit du Chemin, l'esprit d'hier et de l'ailleurs, dans les pierres des ponts antiques, des ermitages, des monastères et des églises.

Saint Donat

En général, les églises et chapelles sont très simples, rustiques, extrêmement dépouillées mais d'une grande finesse d'appareillage. Elles témoignent d'un art subtil de la pierre et d'un sens profond du sacré. Prieurés ruraux, sites érémitiques révèlent un art roman premier en accord avec l'esprit des Béatitudes. De plus, le chemin nous fait passer également par de très belles bourgades et cités de caractère. La traversée des cités historiques et des villages perchés, structurés autour de leur noyau médiéval, est toujours un enchantement.

Linteau à Ganagobie

Ainsi on visitera à Sisteron l'église du XIIe siècle et la citadelle. Après Châteauneuf, on pourra cheminer sur la magnifique route royale caladée remontant au XVIIe, visiter l'émouvante église romane primitive de l'ermitage de saint Donat (XIe siècle) sur la commune de Monfort. On gagnera ensuite, à travers les pins d'Alep, un plateau couvert de chênes verts où trône le monastère de Ganagobie aux riches mosaïques (XIIe siècle). Par un pont romain (IIe siècle), on visitera le fameux village de Lurs. Le marcheur fera étape à Forcalquier, ira voir ses monuments, sa citadelle et sa fontaine gothique, prendra ensuite le temps de visiter le prieuré de Salagon (XIIe siècle) à Mane, ses jardins médiévaux, franchira ensuite un superbe pont roman (XIIe siècle) sur la Laye, longera la monumentale tour de Porchères du XIIe siècle, après avoir traversé les anciennes carrières du célèbre calcaire de Mane qui a bâti tous les grands édifices de la région, pour regarder les étoiles à Saint-Michel-L'observatoire (église du XIIe siècle). Le marcheur qui a maintenant obliqué vers l'ouest, sur le chemin du soleil rentrant, la grande route compostellane de l'occident, retrouvera la voie domitienne historique au gué du Reculon, pavé des bonnes intentions romaines, passera le magnifique village perché de Lincel et se laissera charmer par le site Saint-Denis de Reillanne. S'il est parti de Sisteron, il pourra finir sa pérégrination de 6 jours à Céreste, après avoir passé un dernier pont roman et humé cette fameuse odeur de sainteté qui attira tant de monde dans la mystérieuse nécropole rupestre de Carluc (XIIe siècle),

Nécropole de Carluc
Nécropole de Carluc
Pont Roman
Tour Porchères

Cet itinéraire jacquaire qui constitue un excellent moyen de découvrir de beaux exemples du patrimoine antique et médiéval des Alpes-de-Haute-Provence, conduit de la montagne au pays de la lumière et des senteurs qui caractérisent si bien la haute Provence. En ce sens il a une valeur hautement symbolique : il suit la voie de la lumière tracée d'est en ouest entre Lure et Luberon. Au terme de cette petite itinérance qui peut servir de mise en jambe et en bouche pour de plus grandes, je souhaite à tout un chacun qui aura su s'immerger dans l'esprit du Camino d'éprouver en soi cette espèce d'énergie vitale, de transcendance horizontale qui nous pousse à dépasser notre propre condition.

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